samedi 14 juin 2008

Brèves brèves (#1)

Clin d'oeil à Félix Fénéon, des micro-nouvelles mêlant le réel à la fiction, la réflexion au fait divers, l'actualité à la rêverie. Par livraison de trois. 

Attentat, crime, suicide? Le juge Di Pietro a été retrouvé mort au fond de sa piscine. Après enquête, une fracture du crâne a été constatée. Ainsi que l'absence d'eau dans le bassin.

Un homme politique avait une curieuse particularité : son nez s'allongeait quand il mentait. On dût l'interdire d'antenne : il endommageait les caméras. 

Les habitants proches d'une centrale nucléaire exigent des explications sur une rumeur de fuite radio-active. "Aucun danger" les a rassuré l'une des trois têtes du directeur du site. 

vendredi 13 juin 2008

Poésie de la presse (#1)

 Méli-mélo des mots de l'actualité (ce qui revient à peu près au même). 


Vendredi 13 juin 2008

Quand Vaillant dénonce l'autre guerre du golf à l'école, les annonceurs quittent le navire
Lors d'un déjeuner de presse, plus de 300 écoles doivent accueillir les annonceurs le plus vite possible.

Des milliards de dollars pour sauver un poète à l'accent poutinien
Des discours lénifiants et beaucoup de voeux pieux: la conférence aura tout de même conclu le prix de l'objectif.

"Saucisses pourries" à l'Assemblée Nationale, un barbouze balance tout
Poursuivi en justice, il publie un livre sur un repas à 0,94 euro pour alimenter le débat.

Tatouages de plage, nuit blanche, timbre anti-tourista, "c'est la classe, non?"
La décoration éphémère montre ses premiers résultats prometteurs sous la coupe des colons russes.

jeudi 12 juin 2008

Journal rétrospectif (#1)

Retrouvé dans un carnet ces quelques notes éparses.


1. Un hélicoptère passe devant le soleil : libellule au ralenti.

2. Dans la rue des gens au portable parlent comme s'ils s'oubliaient. 

3. Si elle autorise la vigilance, la culture n'empêche pas la barbarie.

4. Aimer Marie.

5. Ecrire comme si l'on était un Martien de passage sur Terre.

6. Changer son fusil d'épaule avant de passer l'arme à gauche.

7. Des mots qui collent aux pages comme de la cyanolite. 

8. Le drame de la vie, c'est que la vie passe. 

9. Mauvais goût de la mise en scène, finesse de l'interview : paradoxe de Marylin Manson.

10. Ni voyage, ni promenade, l'errance se résume à une question : "Qu'est-ce que je fais là?"

11. La résignation est un suicide quotidien.

12. Il n'y a pas plus conservateur qu'un révolutionnaire arrivé au pouvoir.

13. S'asseoir sur un banc face à un lac. Et envier une vie de canard.

14. Définition de mots croisés. Condamné à mort, en deux lettres : "né".

15. Pour ne pas devenir fou, il paraît parfois raisonnable de considérer le monde comme un gigantesque hôpital psychiatrique. 

16. Le seul village que les Parisiens supportent est Paris.

17. L'échec, ce cauchemar du rêve américain. 

18. On écrit avec les millions de mots de millier d'auteurs qui trottent dans notre tête.

19. La littérature, c'est lire ses ratures sur un mode impératif à la deuxième personne du singulier.

20. Qu'exprime un pays où même les oiseaux n'ont pas le droit de chanter?

21. Définition de "loser" :  rater pour réussir sa vie. 

22. Lassitude chronique, comme conséquence de la course au progrès. 

23. Aristocrate d'aujourd'hui : quelqu'un qui peut se permettre d'être lui-même.

24. Dans son bureau, méditer chaque jour devant le mur des lamencitations. 

25. Dans la rue, failli mourir broyé par un camion. Réflexe vital de l'évitement puis, une fois le calme retrouvé, dégusté un repas comme un miracle. 

26. La trentaine: l'âge ingrat de l'âge adulte. 

27. Le seul lien qui compte entre le lecteur et l'écrivain, c'est la lecture.

28. Tous les hommes sont égaux à la naissance. C'est après que ça se gâte. 

29. Les bruits de la vie comme une petite musique littéraire.

30. Atteindre dans la nuit les moments de calme dont nous prive la journée. Devenir un insomniaque volontaire.

31. A l'aéroport, dans le "lounge" Business Class, des vendeurs de shampoing en costume Armani se regardent avec arrogance échanger les mêmes privilèges. Ils ne sont jamais que les descendants des charlatans qui sillonnaient les routes de l'Ouest en vendant des onguents et de la poudre de perlimpinpin. 

32. Devenir romancier pour tirer des lapins de son chapeau. 

34. Assis sur le bord du chemin du milieu de la vie. 

35. Le désir irrésistible de l'époque de se donner en spectacle.

36. Dimension extraordinairement cinématographique de la campagne vue de la vitre d'un train. 

37. Pour la littérature : tomber debout. 

38. Ne jamais oublier que dans le mot "désespoir", on entend  "des espoirs".

39. L'art est une entreprise de construction massive. 

40. "Abracadabra" signifie en arabe "envoie ta foudre jusqu'à la mort". 

41. Le mépris n'est pas une option relationnelle. 

42. Le curseur de démarrage de l'ordinateur comme métaphore technologique du temps occidental. 

43. L'infinie courbure du sein d'une femme.

44. Sieste: laisser-aller non mortel. 

45. Incipit : "Ce matin une mouche est tombée dans mon café et c'est comme si un camion avait surgi dans mon salon."

46. Sur la plage, chaque matin, la même femme mûre court à petites foulées en donnant des ordres dans son téléphone portable. 

47. Ici, les jours ont l'air deux fois plus grands et passent deux fois plus vite. 

48. "Ils se marièrent et eurent beaucoup d'ennuis."

49. Imaginer que ces notes seront peut-être, dans vingt ou trente ans, tout ce qui reste de ma mémoire.

50. Titre de polar façon "Le Poulpe": Le moujik adoucit les meurtres. 

51. Le livre rêvé est plus intense que le livre écrit. 

52. Près d'un banc, un pigeon m'observe d'un oeil fixe comme si la solitude lui était soudain pesante. Illusion : je ne suis pour lui qu'un simple distributeur de miettes. 

53. Il neige comme si c'était la fin du monde. 

54. L'extraordinaire énergie des enfants dans le jeu, il faudrait la retrouver dans l'écriture. 

55. Sur la vitre d'un métro, reflets de gens qui perdent leurs cheveux et leur vie à la gagner. 

56. Ecriture : se pencher plutôt que s'épancher. 

57. L'amertume salutaire du café sans sucre est-elle une métaphore littéraire?

                                (à suivre)

Résolution


Soustraire aux carnets quelques notes, si tant est que les mots, parfois, aient besoin de lumière. 

Indécisions

Ce blog a failli s'appeler W.I.P, Y.O.W, le OW! club, Z.A.L, Débloque-notes et même Val Missoula. Un jour peut-être j'éclaircirai ces allusions, clins d'oeil et autres "private jokes".